Soins de santé, incapacité de travail, mutualites : la voie à suivre
Nos soins de santé doivent garantir que les meilleurs soins possibles soient et restent disponibles, accessibles et abordables pour toutes et tous. Pour réaliser cette ambition, nous devons investir et réformer.
Les mutualités jouent un rôle unique dans nos soins de santé. En tant que responsables de la mise en œuvre de l’assurance maladie et prestataires de services actifs, elles constituent un maillon essentiel dans l’accès de tous les citoyens à des soins abordables. Elles sont proches de leurs membres, y compris les plus vulnérables : accessibles, proches et impliquées. Elles les informent, les accompagnent, les conseillent et les défendent. Elles représentent les patients au sein des organes de concertation de l’assurance maladie.
Les mutualités se sont développées historiquement comme des organisations sociales dont les membres mettaient en commun des ressources pour s’entraider en cas de maladie. La solidarité y occupait une place essentielle : il s’agissait de supporter ensemble les coûts de la maladie et d’offrir aux membres une garantie en termes de moyens de subsistance.
La société a néanmoins profondément évolué depuis la création des mutualités. La médecine offre aujourd’hui bien plus de possibilités qu’avant. Nous vivons et restons actifs plus longtemps, mais nous avons aussi plus souvent des maladies chroniques. Nous accordons davantage d’attention à la prévention et au bien-être mental. De plus, tout va plus vite dans notre société et très souvent, tout est devenu numérique. Tous ces éléments impactent le rôle des mutualités.
La hausse du nombre de malades de longue durée en est un exemple flagrant. Il convient de faire un mea culpa collectif : nous avons trop longtemps laissé ces personnes livrées à elles-mêmes. Elles recevaient une indemnité, mais insuffisante, voire ne recevaient aucun soutien pour pouvoir exploiter à nouveau leurs capacités et leurs talents. Heureusement, ces dernières années, nous prenons de plus en plus conscience qu’il faut changer les choses. Fondamentalement. Le rétablissement ne se limite pas aux soins médicaux. Il s’agit aussi d’examiner ce qu’une personne est encore capable de faire, et de l’accompagner (à nouveau) pas à pas pour qu’elle retrouve sa place dans la société et, lorsque c’est possible, qu’elle retrouve le chemin du travail. L’incapacité de travail est une question de santé par excellence.
Les mutualités jouent un rôle essentiel dans ce contexte. Non seulement elles remboursent les soins, mais elles versent aussi les indemnités de maladie. Leurs médecins-conseils évaluent si une personne peut reprendre le travail et à quel moment. Elles sont de plus en plus souvent soutenues dans leur tâche par des équipes multidisciplinaires composées d’infirmiers, de psychologues, de kinésithérapeutes, de travailleurs sociaux et de Coordinateurs Retour au travail. Les mutualités occupent une position unique : elles gèrent aussi bien les indemnités d’une personne en incapacité de travail que ses soins de santé, et, dans la gestion de l’assurance maladie, elles peuvent contribuer à orienter tant la politique en matière de soins de santé que la politique en matière d’incapacité de travail. Ce double rôle crée d’importantes opportunités de concrétiser le tournant nécessaire, mais confère également une grande responsabilité aux mutualités.
Des réformes dans la gestion de l’incapacité de travail ont été mises sur les rails, mais – outre la mise en œuvre de mesures déjà décidées mais encore en chantier – il reste beaucoup à faire. La question de savoir comment définir et évaluer au mieux l’« incapacité de travail » dans la société d’aujourd’hui représente un chantier important. Des rapports montrent que les médecins-contrôles de l’INAMI jugent parfois que davantage de personnes sont en mesure de reprendre le travail que ne l’estiment les médecins-conseils des mutualités. Il est logique et inévitable que les médecins aient parfois des avis divergents. Mais nous devons oser regarder plus loin. Les mutualités se posent-elles suffisamment la question de ce qu’une personne peut encore apporter à la société ? Examine-t-on de manière suffisamment large les emplois qui restent envisageables ? Le fait qu’une personne ne puisse plus exercer son ancien travail ne signifie pas qu’il n’y a plus aucune perspective ailleurs. Cela nécessite une évaluation correcte, mais aussi un accompagnement intensif.
Les mutualités doivent remplir leur mission sociale et solidaire de manière durable : c’est précisément pour cette raison qu’elles doivent évoluer au rythme des défis actuels. C’est-à-dire offrir un maximum d’opportunités à leurs membres en les informant, en les accompagnant, en les conseillant et en les défendant. De manière indépendante, mais toujours en se fondant sur une vision de société claire. Une vision qui opte pour des soins solides, un accompagnement de qualité et une participation maximale.
Le pacte de réforme des mutualités que je propose est critique, mais s’inscrit résolument dans cette vision. Leur position unique, à mi-chemin entre marché et pouvoirs publics, en tant qu’organisations de santé, doit justement être renforcée. Ce ne sont pas des entreprises motivées par le bénéfice, mais ce ne sont pas non plus des organismes publics qui exécutent purement ce qui est décidé par le politique. C’est précisément cette position intermédiaire qui leur confère toute leur valeur : en tant que contre-pouvoir sociétal et en tant que rempart contre une privatisation poussée des soins. Le modèle américain montre à quoi cela peut mener : des soins plus chers, des inégalités accrues et moins de gains en termes de santé. Ce n’est pas la direction que nous souhaitons prendre.
C'est pourquoi ce pacte de réforme repose sur trois piliers clairs :
- L’accent est mis intégralement sur les objectifs de santé et de soins
Le fonctionnement des mutualités — aussi bien dans l'assurance maladie obligatoire que dans les assurances complémentaires obligatoire et facultative que dans l'assurance indemnités — doit être beaucoup plus axé sur la santé, les soins de qualité et l'accompagnement. Les mutualités seront également davantage évaluées et financées en fonction des résultats. Cela signifie également que les éventuels excédents enregistrés par les mutualités sur leurs assurances facultatives — comme les assurances hospitalisation complémentaires — seront intégralement réinvestis au profit des assurés et membres.
- Plus d'efficacité et de collaboration
Le plan vise à accroître l'efficacité, tant au sein des différentes unions nationales qu'entre celles-ci. Les mutualités provinciales doivent fusionner afin de gagner en efficacité. Les mutualités doivent s'engager résolument dans la digitalisation et, lorsque c’est nécessaire, unir leurs forces.
- Transparence maximale et bonne gouvernance
La transparence doit être la norme. C'est pourquoi des mesures sont prises en ce qui concerne les conflits d'intérêts potentiels et les règles en matière de gouvernance et de contrôle sont encore renforcées.
Ce plan de réforme croit en la force et en l’importance des mutualités. C’est une main tendue. Il part de leur position unique : entre pouvoirs publics et marché, proches de leurs membres, et mettant clairement l’accent sur les opportunités, la solidarité et le progrès social.
Il va de soi que les mutualités ne sont qu’un des acteurs responsables pour garantir des soins de santé de qualité et pour la réinsertion dans la société des personnes touchées par la maladie : médecins traitants, médecins du travail, employeurs, services régionaux pour l’emploi… tous ont leur part de responsabilité. C’est pourquoi nous organiserons prochainement une Table ronde Retour au travail, avec tous les intéressés. Mais cette responsabilité partagée n’enlève rien au fait qu’il faut renforcer et améliorer l’approche des mutualités. Ce pacte de réforme va bien au-delà de l’incapacité de travail et des malades de longue durée, mais l’un de ses principes fondamentaux est le rôle unique que les mutualités jouent et doivent continuer à jouer dans la gestion de l’incapacité de travail.